sobota, 2 czerwca 2018

SECRET D’UNE NUIT D’AUTOMNE

Andrzej Juliusz Sarwa

Secret d’une nuit d’automne


Il s’assit, conscient, comme s’il ne s’était pas du tout couché cette nuit d’automne. Les yeux grands ouverts, il regardait les ténèbres dressant l’oreille ayant l’impression qu’un son l’avait réveillé.

Or autour, le silence régnait s’étendant d’un voile épais.

Pourtant dans ce silence et ces ténèbres, quelque chose d’inconnu guettait l’empêchant de trouver le sommeil. Maintenant, il était assis tendant l’oreille et cherchant des yeux.

A tâtons, il tendit la main vers une petite table se trouvant près du lit où le soir il avait laissé cigarettes et allumettes. Avec un grand plaisir, il aspira la fumée.


Un vrombissement de voiture et l’aboiement d’un chien sont arrivés à ses oreilles d’on ne sait où.

Il allait se coucher à nouveau après avoir écrasé son mégot dans le cendrier quand, dans le coin de la chambre, tout contre l’armoire est apparue dans le noir la silhouette d’un homme. Il se leva brusquement, couru à la table et alluma une lampe à pétrole, balaya la chambre d’un regard attentif, mais n’aperçut rien de suspect.

Sur la table en pin bien abîmée, il y avait un verre à moutarde rempli à moitié de jus de fruit. Il vida la boisson froide et sans goût. Il ne comprenait pas ce qui se passait se rendant compte qu’il se comportait de façon anormale. Même si un son l’avait réveillé, il avait eu certainement une origine naturelle. Peut-être le cri d’un oiseau de nuit ou les coups du vent sur la vitre. Il s’étonnait d’être tombé en panique sans aucune cause réelle. Toutefois, il continua à regarder la chambre cherchant quelque chose qui aurait pu le menacer.

Toutes les fibres de ses muscles et nerfs vibraient en lui, il était certain qu’il ne se rendormirait pas avant le matin. Il se rendit compte qu’il devait se reposer car une journée difficile l’attendait le lendemain.

Il éteignit la lampe et se coucha confortablement, essayant d’appeler le sommeil sous ses paupières fermées, mais en vain. Dans sa tête, des milliers de pensées différentes commencèrent à tourbillonner, chacune plus terrible que l’autre.

Tout d’un coup, il se rappela toutes les histoires d’esprits qu’il avait connues pendant son enfance. Il se coucha à plat ventre essayant de penser à autre chose. Il recouvra sa tête avec la couverture, mais cela ne servit à rien.

Il se donna du mal comme ça pendant une demi-heure ou peut-être plus. Ensuite, irrité, il rejeta la couverture et alluma à nouveau la lumière et, pieds nus se dirigea vers la cuisine.

Dans une cachette connue de lui-même, dans une fente entre le buffet et le mur, il y avait une bouteille d’un litre de tord-boyaux pas encore ouverte. L’attrapant, il tira le bouchon et but d’un trait après avoir rempli à moitié le verre à moutarde. Dans sa gorge et dans la bouche, il sentit un goût répugnant d’un alcool bon marché. Il prit un gobelet entier d’eau froide du seau et en but de longues gorgées jusqu’à ce que son estomac ait arrêté de brûler.

S’asseyant sur un tabouret de cuisine, regardant la fenêtre sombre, il attendait ce sentiment de soulagement et de détente qu’il éprouvait toujours après avoir bu de la vodka maison.

Mais il ne put se délecter ne sachant pas d’où venait à ses oreilles ce son réel tout à fait réel, peut-être des pleurs d’un nouveau-né et qui n’était pas le fruit de son imagination. Le vagissement ne cessant pas, il se leva en sursaut, la peau du dos et son front couvert de sueur froide. Il n’avait pas l’intention d’aller chercher la source de ce bruit bizarre, il savait qu’il n’y arriverait pas. D’où le savait-il ? Il ne pouvait l’expliquer, il le savait tout simplement…

De nouveau, il se versa de la vodka, cette fois-ci à ras-bord et but ce liquide flambant en deux ou trois gorgées. L’étourdissement arriva plus vite qu’il n’espérait, accompagné d’indifférence. Il était ivre, la tête lui tournait et il avait envie de rire de ses craintes irrationnelles. Il resta assis quelques moments sur le lit.

Un sommeil profond tomba subitement sur lui et bien que des sons inquiétants venaient de tous les côtés de la chambre, il n’entendait rien. La femme couchée à côté de lui ronflait fortement. Elle s’éloigna à contre cœur au bord du lit lorsqu’il se coucha enfin à côté d’elle.

* * *

Probablement qu’il ne dormit pas longtemps. Ouvrant les yeux, une obscurité profonde régnait autour de lui. Il n’entendait rien mais il sentit la présence de quelqu’un dans la chambre. Peut-être n’était-ce qu’une illusion ? … 

Non, ça n’en était pas puisque des miaulements arrivèrent à ses oreilles ainsi qu’un son étrange rappelant le sifflement d’un chat quand il est méchant et veut chasser une personne désagréable.

Quelque chose frappa fortement l’armoire, encore et encore. Effrayé, il se leva brusquement et s’assit. Sa tête tournoyait, la bouche et la gorge sèches lui réclamaient de l’eau. Il voulut se lever et allumer la lumière, regarder ce qui se passait mais il ne pouvait pas. Une force atroce le collait au lit. Pourtant, ce n’était pas un homme, ni aucune autre créature vivante. Subitement, sa force de gravitation aurait augmenté de façon stupéfiante.

Pendant ce temps, toute la chambre résonnait aux coups donnés à l’armoire et aux murs par quelqu’un ou quelque chose… Cela donnait l’impression que toute la maison tremblait.

Il sentit que sa femme se réveilla et qu’elle ne pouvait non plus se lever du lit malgré ses efforts.

Avec toute son énergie, il continua à essayer, peut-être qu’il y serait arrivé à un certain moment, mais il sentit une douleur atroce aux mains. Il entendit même les os de son avant-bras se rompre et le râle étrange de sa femme.

Il était incapable de faire quelque chose, paralysé, immobilisé par la douleur.

La maison continuait à trembler. Les coups frappaient partout, on avait l’impression que la maison post-allemande, solide, bâtie avec des briques rouges, sans crêpi allait tomber en mille pièces.

Il ne se rappela pas combien de temps cela avait duré, car il perdit conscience. Quand il se réveilla, il faisait déjà assez clair. Il fut surpris par le silence absolu et la douleur. Une douleur monstrueuse aux deux mains. Il sut qu’il avait les os rompus, ne pouvant les bouger. Il tourna la tête et regarda sa femme du coin de l’œil. A ce moment, il commença à crier affreusement, terriblement, douloureusement.

Celle-ci était couchée à côté de lui, couverte de sang avec une grande plaie au cou, la gorge tranchée. Elle était morte et silencieuse. Lui, ne savait pas comment cela s’était passé. Il était vivant mais mutilé ne pouvant même pas remuer les doigts des mains. Une peur indescriptible lui écrasait la poitrine.

Il ne se rappelait pas comment il était sorti à grand peine du lit, comment il était parvenu chez les voisins. Il ne se rappelait rien. Il se souvenait seulement de sons étranges, inquiétants dans la chambre sombre, des fracas, des coups aux murs et aux meubles et enfin cette image cauchemardesque de sa femme avec la gorge tranchée.

Il se fit soigner pendant longtemps par un aide médecin qui, par miracle est venu ici de Zytomierz aux environs de Wroclaw, au lieu d’aller en Sibérie ou au Kazachstan. Seulement, celui-ci n’y connaissait pas grand-chose. Les os de ses mains se sont mal resoudés, il s’en servait difficilement.

Depuis cette nuit, il dormait toujours avec la lumière allumée, comme ci la lumière aurait pu le sauver et sa femme.

* * *

Cette histoire a eu lieu peu après la fin de la deuxième guerre mondiale, tout près de Wroclaw. Personne ne s’est jamais intéressé à résoudre cette énigme intrigante et macabre.

La Milice et les Services de Sécurité avaient d’autres problèmes en tête. Les officiels locaux ne voulaient même pas écouter l’histoire de l’homme mutilé. Sa femme a été enterrée par les voisins, sans prêtre, car il n’y en avait pas encore dans ces environs.

Le héros de notre histoire, après s’être rétabli, est parti pour la Pologne Centrale, il n’entretenait plus de contacts avec ses anciens voisins, pour quelles raisons ?

Personne n’a jamais relaté son histoire, seulement moi et cela, bien des années après la mort du héros. Au récit de cette histoire, il était excité comme si ce malheur datait d’hier.

Je regrette de ne pas l’avoir interrogé plus précisément, mais je ne pouvais pas supposer que je décrirais un jour ce que j’avais entendu de sa part.

Aujourd’hui, il est trop tard. Cet homme est mort vers la fin des années quatre-vingt.

Et moi, je ne me rappelle plus comment il s’appelait. Je me souviens seulement de son prénom : Stanislas. Mais combien y avait-il de Stanislas à cette époque ? …


Traduit par Paweł Czerwiński


Sandomierz, décembre 2017,

Je remercie vivement mes amis français de Bretagne d’avoir lu le texte et y apporté des remarques precieuses.

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Copyright © 2017 Andrzej Juliusz Sarwa & Paweł Czerwiński
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Ilustracja: Wincenty Dmochowski (1807-1862), Światło księżyca i ognisko(licencja public domain).